{"id":7981,"date":"2016-09-25T17:30:30","date_gmt":"2016-09-25T15:30:30","guid":{"rendered":"https:\/\/sciencetonnante.wordpress.com\/?p=7981"},"modified":"2016-09-25T17:30:30","modified_gmt":"2016-09-25T15:30:30","slug":"comment-un-avion-vole-t-il","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/2016\/09\/25\/comment-un-avion-vole-t-il\/","title":{"rendered":"Comment un avion vole-t-il ?"},"content":{"rendered":"<p>Chaque jour, ce sont pr\u00e8s de <strong>100 000 avions<\/strong> qui prennent les airs pour transporter des millions de passager [1]. Et pourtant, \u00e0 en croire certains, on ne comprend pas compl\u00e8tement comment fait un avion pour voler. Vraiment ?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/airplane-1163713_960_720.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8012 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/airplane-1163713_960_720.jpg?w=600\" alt=\"airplane-1163713_960_720\" width=\"450\" height=\"277\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 450px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 450\/277;\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il faut dire que si l&rsquo;on cherche \u00e0 se renseigner un peu sur les raisons physiques qui gouvernent la capacit\u00e9 des avions \u00e0 rester en l&rsquo;air, on tombe sur tout un tas de th\u00e9ories, plus ou moins critiqu\u00e9es, plus ou moins contradictoires. Dans un article consacr\u00e9 \u00e0 cette question, le New York Times \u00e9crivait [2] :<\/p>\n<p><em>Pour ceux qui ont peur de l&rsquo;avion, il est probablement d\u00e9concertant que les physiciens et les ing\u00e9nieurs a\u00e9ronautiques en soient encore \u00e0 d\u00e9battre la raison fondamentale qui maintient les avions en l&rsquo;air ? \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas de r\u00e9ponse simple \u00e0 cela\u00a0\u00bb, d&rsquo;apr\u00e8s le Dr. Anderson.<\/em><\/p>\n<p>Si on creuse un peu, on d\u00e9couvre qu&rsquo;il existe notamment deux grandes explications concurrentes : celle<strong> \u00ab\u00a0\u00e0 la Bernoulli\u00a0\u00bb<\/strong>, et celle<strong> \u00ab\u00a0\u00e0 la Newton\u00a0\u00bb<\/strong>. Elles n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es par ces deux physiciens, mais se basent sur leurs lois respectives. Et il arrive que les tenants des deux\u00a0camps se bagarrent avec ferveur pour savoir qui a plus raison que l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Je me suis souvent demand\u00e9 comment on pouvait tol\u00e9rer une telle situation, s&rsquo;agissant d&rsquo;une des technologies les plus importantes de notre temps ? <strong>Est-ce que <em>vraiment<\/em> on ne comprend pas exactement comment les avions volent ?<\/strong> Ou est-ce juste qu&rsquo;on arrive pas \u00e0 le vulgariser ?<\/p>\n<p>Eh bien j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de creuser la question pour vous ! Et en avant pour une tentative de r\u00e9conciliation sur ce sujet hautement controvers\u00e9&#8230;<!--more--><\/p>\n<h3>Un peu de mise en contexte<\/h3>\n<p>Na\u00efvement, on pourrait se dire que si un avion vole, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il a des moteurs. Mais quand on y regarde un peu, la seule fonction des moteurs et de donner \u00e0 l&rsquo;avion un mouvement horizontal, parall\u00e8le au sol; la force responsable est ce qu&rsquo;on appelle <strong>la pouss\u00e9e<\/strong>.\u00a0Quand l&rsquo;avion est en vol, la pouss\u00e9e est contrecarr\u00e9e par <strong>la\u00a0<\/strong><b>tra\u00een\u00e9e<\/b>, qui repr\u00e9sente la force qui s&rsquo;oppose au mouvement horizontal de l&rsquo;avion.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/forces.png\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8019 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/forces.png\" alt=\"forces\" width=\"600\" height=\"296\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 600px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 600\/296;\" \/><\/a><\/p>\n<p>Comme l&rsquo;avion subit par ailleurs son <strong>poids<\/strong>, dirig\u00e9 vers le bas, il faut une force pour expliquer sa capacit\u00e9 \u00e0 se maintenir en l&rsquo;air : c&rsquo;est cette force qu&rsquo;on appelle <strong>la portance<\/strong>.<\/p>\n<p>Quand l&rsquo;avion est en situation stationnaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il voyage \u00e0 vitesse et altitude constante, la pouss\u00e9e compense exactement la tra\u00een\u00e9e, et <strong>la portance s&rsquo;oppose exactement au poids<\/strong>.\u00a0Le myst\u00e8re qui nous occupe aujourd&rsquo;hui est :<strong> d&rsquo;o\u00f9 vient la portance ?<\/strong> Et nous allons commencer par la principale th\u00e9orie en vigueur&#8230;<\/p>\n<h3>L&rsquo;explication \u00ab\u00a0\u00e0 la Bernoulli\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>La th\u00e9orie que je vais vous raconter dans ce paragraphe est celle que l&rsquo;on rencontre le plus souvent. Vous allez voir qu&rsquo;elle a un gros d\u00e9faut : <strong>elle est fausse<\/strong> ! Du moins en partie, vous \u00eates pr\u00e9venus.<\/p>\n<p>Quand on consid\u00e8re le profil d&rsquo;une aile d&rsquo;avion, on constate g\u00e9n\u00e9ralement que la partie inf\u00e9rieure est essentiellement droite, tandis que la partie sup\u00e9rieure est courbe. Il en r\u00e9sulte que quand l&rsquo;air circule autour de l&rsquo;aile, le chemin \u00e0 parcourir est plus important sur le dessus que sur le dessous de l&rsquo;aile (le dessin ci-dessous est exag\u00e9r\u00e9 dans les proportions).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/airflow.png\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8020 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/airflow.png\" alt=\"airflow\" width=\"432\" height=\"140\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 432px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 432\/140;\" \/><\/a><\/p>\n<p>Puisque le chemin \u00e0 parcourir est plus long au-dessus, <strong>il faut donc que l&rsquo;air qui circule sur le dessus soit plus rapide que celui qui passe en-dessous<\/strong>.<\/p>\n<p>Or une chose que vous savez peut-\u00eatre, c&rsquo;est qu&rsquo;un fluide qui circule \u00e0 plus grande vitesse provoque une <strong>d\u00e9pression<\/strong>. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne que l&rsquo;on peut constater facilement en soufflant entre deux feuilles de papier : la vitesse de l&rsquo;air provoque une d\u00e9pression entre les feuilles, et les feuilles s&rsquo;attirent. Ca marche aussi en soufflant au dessus d&rsquo;une feuille.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/paper-fly600.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8021 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/paper-fly600.jpg\" alt=\"paper fly600\" width=\"450\" height=\"251\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 450px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 450\/251;\" \/><\/a><\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus formelle, cette situation se traduit par une relation que l&rsquo;on doit au physicien <strong>Daniel Bernoulli<\/strong>. Cette \u00e9quation nous dit que le long d&rsquo;une ligne du fluide, on a<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\frac12 \\rho v^2 + P = constante\\)<\/p>\n<p>o\u00f9 \\(\\displaystyle \\rho\\) est la masse volumique du fluide, \\(v\\) sa vitesse, et \\(P\\) sa pression. \u00a0Cette \u00e9quation nous montre donc bien que lorsque la vitesse d&rsquo;un fluide augmente, sa pression diminue (l\u00e0 j&rsquo;ai \u00e9crit la formule en n\u00e9gligeant les variations d&rsquo;altitude.)<\/p>\n<p>Nous avons donc l\u00e0 tous les ingr\u00e9dients de l&rsquo;explication \u00ab\u00a0\u00e0 la Bernoulli\u00a0\u00bb :<strong> la forme de l&rsquo;aile impose que l&rsquo;air circule plus vite sur le dessus de l&rsquo;aile, et cr\u00e9e une d\u00e9pression qui s&rsquo;oppose au poids de l&rsquo;avion<\/strong>.<\/p>\n<h3>Une explication critiqu\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;explication que je viens de vous donner parait tout \u00e0 fait s\u00e9duisante, et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs celle qu&rsquo;on trouve le plus souvent. Mais il y a un truc plusieurs trucs qui clochent.<\/p>\n<p>Si on fait le calcul,<strong> la portance pr\u00e9dite par cette th\u00e9orie est trop faible<\/strong> pour expliquer que les avions soient capable de s&rsquo;opposer \u00e0 leur poids. En plus, si l&rsquo;on en croit cette explication, les avions seraient incapables de voler sur le dos car il seraient attir\u00e9s vers le bas&#8230;et pourtant ils le font ! De m\u00eame il existe des avions qui poss\u00e8dent des ailes ayant un profil sym\u00e9trique sur les deux faces&#8230;et pourtant eux aussi volent ! Il y a donc quelque chose de faux dans le raisonnement.<\/p>\n<p>Ce qui ne va pas, c&rsquo;est qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, <strong>rien n&rsquo;impose que le temps de trajet de l&rsquo;air soit identique<\/strong> sur les deux faces du profil de l&rsquo;aile. Et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, on constate par des exp\u00e9riences ou des simulations num\u00e9riques que<strong> l&rsquo;air qui passe par au-dessus va en fait encore plus vite que ne le sugg\u00e8re cette explication<\/strong>, et arrive donc avant l&rsquo;air qui est pass\u00e9 par en-dessous.<\/p>\n<p>On le voit dans cette petite simulation num\u00e9rique (<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/File:Karman_trefftz.gif\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">source<\/a>), les points (noirs par exemples) qui arrivent ensemble sur le bord d&rsquo;attaque ne se rejoignent pas du tout sur le bord de fuite : ceux qui sont pass\u00e9s au-dessus sont largement en avance.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/karman_trefftz.gif\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8023 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/karman_trefftz.gif\" alt=\"Karman_trefftz\" width=\"360\" height=\"180\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 360px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 360\/180;\" \/><\/a><\/p>\n<p>Autre point pour finir : si cette explication \u00e9tait correcte, <strong>les avions en papier et leurs ailes plates ne pourraient pas voler<\/strong> !<\/p>\n<p>Bref <strong>il faut trouver une explication alternative<\/strong>. Si beaucoup de sites ou de livres continuent de proposer cette explication erron\u00e9e bas\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9e du \u00ab\u00a0temps de parcours \u00e9gal\u00a0\u00bb sur les deux faces de l&rsquo;aile, l&rsquo;erreur est de plus en plus souvent d\u00e9nonc\u00e9e, et une autre explication semble avoir la faveur des sp\u00e9cialistes : l&rsquo;explication \u00ab\u00a0\u00e0 la Newton\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3>La th\u00e9orie \u00ab\u00a0\u00e0 la Newton\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>L&rsquo;explication alternative est la suivante : si l&rsquo;on observe le flux d&rsquo;air qui s&rsquo;\u00e9coule autour d&rsquo;une aile, qu&rsquo;elle soit de profil asym\u00e9trique, sym\u00e9trique ou plate, on constate toujours une chose : <strong>d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, l&rsquo;aile d\u00e9vie l&rsquo;air vers le bas<\/strong>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/airfoil-downwash.png\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8025 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/airfoil-downwash.png\" alt=\"airfoil downwash\" width=\"566\" height=\"186\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 566px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 566\/186;\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cela se produit \u00e0 la fois sur la face inf\u00e9rieure \u00e0 cause de l&rsquo;angle d&rsquo;attaque de l&rsquo;aile, mais aussi sur la face sup\u00e9rieure, car si le bord de fuite est inclin\u00e9, l&rsquo;air qui a voyag\u00e9 par au-dessus en suivant le profil de l&rsquo;aile va la quitter en ayant une composante\u00a0de sa vitesse inclin\u00e9e vers le bas.<\/p>\n<p>On voit donc que du fait de son interaction avec l&rsquo;aile, <strong>l&rsquo;air voit sa quantit\u00e9 de mouvement varier<\/strong>, et passer de l&rsquo;horizontale \u00e0 une direction inclin\u00e9e vers le sol. Il y a donc une composante verticale \u00e0 la variation de la quantit\u00e9 de mouvement de l&rsquo;air lors du passage de l&rsquo;aile.<\/p>\n<p>Or \u00e0 ce stade, on peut invoquer<strong> la 3\u00e8me loi de Newton, celle de l&rsquo;action\/r\u00e9action<\/strong> : puisque l&rsquo;air se trouve d\u00e9vi\u00e9 d&rsquo;une certaine quantit\u00e9 de mouvement vers le bas par l&rsquo;aile, alors r\u00e9ciproquement <strong>l&rsquo;air doit exercer sur l&rsquo;aile un changement de quantit\u00e9 de mouvement exactement oppos\u00e9<\/strong>. Et c&rsquo;est cela qui maintient l&rsquo;avion en l&rsquo;air !<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie semble bien plus compl\u00e8te que la pr\u00e9c\u00e9dente, puisqu&rsquo;<strong>elle pr\u00e9sente l&rsquo;avantage de fonctionner pour tous les types d&rsquo;ailes que l&rsquo;on connait<\/strong>, avec leurs diff\u00e9rentes formes et inclinaisons.<\/p>\n<p>Alors fin du d\u00e9bat ? Exit Bernoulli et vive Newton ? Eh bien pas pour moi&#8230;car\u00a0je n&rsquo;aime pas trop cette explication !<\/p>\n<h3>Une th\u00e9orie qui ne me satisfait pas<\/h3>\n<p>Il y a plusieurs choses que je n&rsquo;aime pas dans cette explication qui fait appel \u00e0 la troisi\u00e8me loi de Newton. Tout d&rsquo;abord, <strong>elle semble se passer compl\u00e8tement de l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9pression<\/strong>, qui est pourtant bel et bien r\u00e9elle ! J&rsquo;ai un peu l&rsquo;impression qu&rsquo;en voulant supplanter la th\u00e9orie \u00ab\u00a0du temps de parcours \u00e9gal\u00a0\u00bb, on a jet\u00e9 le b\u00e9b\u00e9 Bernoulli avec l&rsquo;eau du bain. Quoi qu&rsquo;on dise, le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9pression doit contribuer d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Le fait que les deux explications soient si diff\u00e9rentes dans leurs m\u00e9canismes ne me satisfait pas.<\/p>\n<p>Ensuite, pour moi cette explication est un peu trop \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9ologique\u00a0\u00bb (j&#8217;emploie des mots savants), c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;<strong>elle justifie les choses par la fin<\/strong>. C&rsquo;est un peu <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;avion vole forc\u00e9ment, parce que sinon on violerait la 3e loi de Newton\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Ca me fait penser aux d\u00e9monstrations par l&rsquo;absurde en math\u00e9matique, du genre \u00ab\u00a0c&rsquo;est comme \u00e7a, parce que si \u00e7a ne l&rsquo;\u00e9tait pas on aurait une contradiction\u00a0\u00bb. L&rsquo;explication \u00e0 la Newton donne une raison finaliste pour la portance (\u00ab\u00a0pour conserver la quantit\u00e9 de mouvement totale\u00a0\u00bb), mais <strong>elle n&rsquo;explique pas par quel m\u00e9canisme<\/strong> tout cela se passe.<\/p>\n<p>En plus, cette explication a pour moi un petit c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0trivial\u00a0\u00bb : oui c&rsquo;est \u00e9vident que si l&rsquo;aile monte alors l&rsquo;air descend. Cette explication est tellement g\u00e9n\u00e9rique, qu&rsquo;en un sens elle ne peut pas \u00eatre fausse; mais du coup j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;en disant \u00e7a, on n&rsquo;a rien dit.<\/p>\n<p>Bref, cette explication que l&rsquo;on trouve aujourd&rsquo;hui partout dans les endroits bien renseign\u00e9s ne me va pas compl\u00e8tement. <strong>Je la trouve moins physique que l&rsquo;explication \u00e0 la Bernoulli<\/strong>.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a nous am\u00e8ne \u00e0 pas mal de questions :<\/p>\n<ul>\n<li>Si l&rsquo;explication \u00e0 la Newton est correcte, dans quelle mesure celle \u00e0 la Bernoulli est-elle fausse ?<\/li>\n<li>S&rsquo;agit-il vraiment de deux th\u00e9ories concurrentes ? Ont-elles des r\u00e9gimes d&rsquo;application diff\u00e9rents, suivant la forme et l&rsquo;inclinaison de l&rsquo;aile ?<\/li>\n<li>Ou bien y a-t-il une th\u00e9orie plus g\u00e9n\u00e9rale pour les r\u00e9concilier ?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces questions m&rsquo;ont beaucoup agit\u00e9 pendant mes vacances, et apr\u00e8s pas mal de cogitations et quelques pages de calculs griffonn\u00e9s, <strong>je\u00a0pense \u00eatre\u00a0en mesure de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions<\/strong>.<\/p>\n<p>Ce que je vais m&rsquo;efforcer de d\u00e9montrer par la suite, c&rsquo;est que ces deux explications sont en fait :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>G\u00e9n\u00e9riques : <\/strong>elles s&rsquo;appliquent toutes les deux \u00e0 tous les cas;<\/li>\n<li><strong>Totalement identiques<\/strong> : ce sont en r\u00e9alit\u00e9 deux facettes de la m\u00eame explication, et leurs pr\u00e9dictions quantitatives sont par cons\u00e9quent rigoureusement les m\u00eames\u00a0!<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Force et quantit\u00e9 de mouvement<\/h3>\n<p>Avant de rentrer de le vif de la d\u00e9monstration, je voudrais m&rsquo;arr\u00eater un peu sur une diff\u00e9rence troublante entre les deux th\u00e9ories. La th\u00e9orie \u00e0 la Bernoulli propose une explication bas\u00e9e sur une force, la force de pression qui s&rsquo;exerce sur l&rsquo;aile. La th\u00e9orie \u00e0 la Newton se base sur la variation de quantit\u00e9 de mouvement, mais ne parle pas de force.<\/p>\n<p>Et pourtant il y en a bien une ! Pour le voir, il faut se souvenir qu&rsquo;<strong>une force, c&rsquo;est la m\u00eame chose qu&rsquo;une variation temporelle de la quantit\u00e9 de mouvement<\/strong>. C&rsquo;est la fameuse \u00e9quation de Newton, \\(F=ma\\), que l&rsquo;on peut \u00e9galement \u00e9crire<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle F = \\frac{dp}{dt}\\).<\/p>\n<p>Pour bien faire le lien, le mieux est de prendre un exemple simple : celui de la propulsion d&rsquo;une fus\u00e9e.<\/p>\n<p>Une fus\u00e9e poss\u00e8de un moteur \u00ab\u00a0\u00e0 r\u00e9action\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui cr\u00e9e une force par le principe de l&rsquo;action\/r\u00e9action. Elle \u00e9jecte de la mati\u00e8re \u00e0 une certaine vitesse, et c&rsquo;est \u00e7a qui cr\u00e9e une force qui lui permet de s&rsquo;opposer \u00e0 son poids.\u00a0On peut calculer cette force : supposons que la mati\u00e8re \u00e9ject\u00e9e le soit \u00e0 vitesse \\(v\\), et poss\u00e8de une masse volumique \\(\\rho\\). Si l&rsquo;\u00e9jection se fait \u00e0 travers une ouverture de surface \\(S\\), on peut calculer le volume de mati\u00e8re \u00e9ject\u00e9e pendant un temps \\(dt\\).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/fusee.png\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8027 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/fusee.png\" alt=\"fusee\" width=\"450\" height=\"330\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 450px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 450\/330;\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit de la mati\u00e8re contenue dans un cylindre de hauteur \\(vdt\\), c&rsquo;est-\u00e0-dire une masse<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle dm = \\rho S v dt\\).<\/p>\n<p>Cette masse poss\u00e8de une quantit\u00e9 de mouvement :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle dp = dm\\ v=\\rho S v^2 dt\\).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9quation de Newton nous montre bien que la force correspondante \u00e0 cette \u00e9jection de mati\u00e8re est \u00e9gale \u00e0 :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle F = \\frac{dp}{dt} = S \\rho v^2\\)<\/p>\n<p>Si vous \u00eates un peu observateur, vous remarquerez que la force par unit\u00e9 de surface \\(F\/S\\), qui se trouve \u00eatre donc homog\u00e8ne \u00e0 une pression, s&rsquo;exprime \\(\\rho v^2\\)&#8230;<strong>qui ressemble furieusement \u00e0 l&rsquo;expression de la d\u00e9pression dans la formule de Bernoulli<\/strong>&#8230;mais n&rsquo;allons pas si vite !<\/p>\n<p>Nous avons donc montr\u00e9 ici que la variation de la quantit\u00e9 de mouvement et une forme de force de pression ne sont que deux facettes de la m\u00eame chose, mais\u00a0pour le faire proprement sur le cas de l&rsquo;aile d&rsquo;avion, il va falloir \u00eatre plus pr\u00e9cis et plus g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<h3>R\u00e9concilier les deux explications<\/h3>\n<p>Pour montrer que la th\u00e9orie \u00ab\u00a0de variation de la quantit\u00e9 de mouvement\u00a0\u00bb \u00e0 la Newton et la th\u00e9orie \u00ab\u00a0de la d\u00e9pression\u00a0\u00bb \u00e0 la Bernoulli sont bien strictement \u00e9quivalentes, <strong>on va calculer la force de portance selon les deux explications, et montrer qu&rsquo;il s&rsquo;agit exactement de la m\u00eame chose<\/strong>. <em>(ceux qui ont la flemme de lire ma d\u00e9monstration peuvent passer au paragraphe suivant)<\/em><\/p>\n<p>Consid\u00e9rons une aile de forme et d&rsquo;orientation quelconque par rapport au flux d&rsquo;air, et notons \\(\\Sigma\\) sa surface. La force totale qu&rsquo;exerce l&rsquo;air sur l&rsquo;aile est \u00e9gale \u00e0 la somme de toutes les pressions infinit\u00e9simales qui s&rsquo;exercent perpendiculairement sur chaque petit \u00e9l\u00e9ment de l&rsquo;aile.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/demo.png\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8031 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/demo.png\" alt=\"demo\" width=\"483\" height=\"160\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 483px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 483\/160;\" \/><\/a><\/p>\n<p>On peut \u00e9crire cela :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\vec{F} = \\iint_{\\Sigma} P\\ d\\sigma\\ \\vec{n}\\)<\/p>\n<p>o\u00f9 \\(P\\) d\u00e9signe la pression en chaque point de la surface de l&rsquo;aile (pas la m\u00eame partout !), \\(d\\sigma\\) est un \u00e9l\u00e9ment de surface infinit\u00e9simal, et \\(\\vec{n}\\) est la normale \u00e0 cet \u00e9l\u00e9ment de surface.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s bien, maintenant calculons la variation de quantit\u00e9 de mouvement subie par l&rsquo;air pendant un temps \\(dt\\). Pour cela, consid\u00e9rons un grand volume \\(V\\) autour de l&rsquo;aile. On peut prendre ce volume aussi grand que l&rsquo;on veut, de sorte que l&rsquo;on puisse consid\u00e9rer qu&rsquo;au dehors de ce volume, le flux d&rsquo;air n&rsquo;est pas perturb\u00e9 par l&rsquo;interaction avec l&rsquo;aile.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/demo2.png\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-8032 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/2016\/09\/demo2.png?w=600\" alt=\"demo2\" width=\"600\" height=\"295\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 600px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 600\/295;\" \/><\/a><\/p>\n<p>La quantit\u00e9 de mouvement totale de l&rsquo;air contenu dans ce volume \u00e0 un instant \\(t\\) est \u00e9gale \u00e0 :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\vec{p} = \\iiint_V \\rho \\vec{v}(\\vec{x}) d\\tau\\)<\/p>\n<p>o\u00f9 \\(\\vec{v}(\\vec{x})\\) d\u00e9signe le champ des vitesses, et \\(d\\tau\\) un \u00e9l\u00e9ment de volume infinit\u00e9simal.<\/p>\n<p>Si on laisse s&rsquo;\u00e9couler un instant \\(dt\\), on peut \u00e0 nouveau calculer cette quantit\u00e9 de mouvement : la formule est exactement la m\u00eame, il faut juste prendre en compte le fait que le petit \u00e9l\u00e9ment de fluide qui se trouvait auparavant en position \\(\\vec{x}\\) va se trouver maintenant en position \\(\\vec{x} + \\vec{v}dt\\). La quantit\u00e9 de mouvement est donc maintenant :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\vec{p&rsquo;} = \\iiint_V \\rho \\vec{v}(\\vec{x}+\\vec{v}dt) d\\tau\\)<\/p>\n<p>On peut ainsi calculer la variation temporelle de quantit\u00e9 de mouvement, c&rsquo;est \u00e0 dire la force :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\vec{F} = \\frac{d\\vec{p}}{dt} = \\iiint_V \\rho \\left(\\frac{\\vec{v}(\\vec{x}+\\vec{v}dt)-\\vec{v}(\\vec{x})}{dt}\\right) d\\tau\\)<\/p>\n<p>Pour poursuivre le calcul, il faut d\u00e9river le champ de vitesse en faisant bien attention, je laisse les fans de ce genre d&rsquo;exercice se convaincre qu&rsquo;on obtient :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\frac{dp}{dt} = \\iiint_V \\rho (\\vec{v}\\cdot\\vec{\\nabla})\\vec{v} \\ \\ d\\tau\\)<\/p>\n<p>Ceux qui sont chevronn\u00e9s en m\u00e9canique des fluides auront reconnu dans la derni\u00e8re manipulation exactement ce que l&rsquo;on fait pour \u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quation de Navier-Stokes. Ce terme un peu barbare s&rsquo;appelle <strong>l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration convective<\/strong>.<\/p>\n<p>Parlons en justement de <strong>l&rsquo;\u00e9quation de Navier-Stokes<\/strong> : c&rsquo;est celle qui r\u00e9git le mouvement des fluides, et elle s&rsquo;\u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\rho \\frac{dv}{dt} + \\rho (\\vec{v}\\cdot\\vec{\\nabla})\\vec{v} = \\vec{\\nabla} P\\)<\/p>\n<p>Puisque l&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 un \u00e9coulement stationnaire, le premier terme est nul car le champ de vitesses ne d\u00e9pend pas explicitement du temps. Il reste donc une jolie \u00e9galit\u00e9 que l&rsquo;on peut ins\u00e9rer dans notre expression l\u00e0-haut, pour obtenir<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\vec{F} = \\iiint_V \\vec{\\nabla} P \\ \\ d\\tau\\).<\/p>\n<p>L\u00e0 on se retrouve avec <strong>l&rsquo;int\u00e9grale d&rsquo;un gradient sur un volume<\/strong>, qui se trouve donc \u00e9gale \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grale du champ sur la surface qui borde le volume (c&rsquo;est le th\u00e9or\u00e8me du gradient), c&rsquo;est-\u00e0-dire<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\displaystyle \\vec{F} = \\iint_{\\Sigma} P \\vec{n}\\ \\ \u00a0d\\sigma\\).<\/p>\n<p>Bingo ! <strong>L&rsquo;expression de la force de portance selon la th\u00e9orie \u00ab\u00a0\u00e0 la Newton\u00a0\u00bb est tr\u00e8s exactement \u00e9gale \u00e0 celle que l&rsquo;on obtient en invoquant la d\u00e9pression sur l&rsquo;aile \u00ab\u00a0\u00e0 la Bernoulli\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Et vous aurez remarqu\u00e9 que je ne fais absolument aucune hypoth\u00e8se sur la forme de l&rsquo;aile ou sur le profil du champ de vitesse autour.<strong> Les deux explications \u00ab\u00a0Newton\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Bernoulli\u00a0\u00bb sont identiques, font la m\u00eame pr\u00e9diction quantitative et fonctionnent dans toutes les circonstances<\/strong> <em>(les petits malins auront remarqu\u00e9 que je suppose quand m\u00eame que le fluide est parfait, mais je pense qu&rsquo;on peut s&rsquo;en passer&#8230;je laisse \u00e7a en exercice au lecteur !)<\/em><\/p>\n<h3>Que faut-il en conclure ?<\/h3>\n<p>Entendons-nous bien : <strong>je ne pr\u00e9tends pas avoir d\u00e9montr\u00e9 un truc r\u00e9volutionnaire.<\/strong>\u00a0J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 lu plusieurs fois des affirmations (plus ou moins explicites) que l&rsquo;explication \u00e0 la Bernoulli et l&rsquo;explication \u00e0 la Newton \u00e9taient toutes les deux correctes. Mais je n&rsquo;ai jamais vu de preuve formelle comme celle-ci qu&rsquo;elles sont strictement \u00e9quivalentes (mais si quelqu&rsquo;un a d\u00e9j\u00e0 vu \u00e7a, je suis preneur).<\/p>\n<p>Une bonne raison pour cela, c&rsquo;est que \u2014 en un sens \u2014 <strong>ce que je viens de d\u00e9montrer est totalement trivial<\/strong>. Je d\u00e9montre que la variation de quantit\u00e9 de mouvement est enti\u00e8rement due \u00e0 la pression en utilisant l&rsquo;\u00e9quation de Navier-Stokes&#8230;sachant que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce fait qui permet d&rsquo;\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quation de Navier-Stokes ! Il est m\u00eame fort possible qu&rsquo;il y ait une preuve encore plus courte et plus simple de l&rsquo;\u00e9quivalence Bernoulli\/Newton qui court-circuite Navier-Stokes en raisonnant uniquement sur les quantit\u00e9s de mouvement. Mais encore une fois, je n&rsquo;ai jamais rien vu de tel.<\/p>\n<p>Est-ce que cela cl\u00f4t le d\u00e9bat ? Oui et non. Cela montre qu&rsquo;<strong>il est st\u00e9rile de chercher \u00e0 savoir qui des tenants de Bernoulli ou de Newton ont le plus raison<\/strong>. Et donc inutile de se battre \u00e0 ce sujet, ou bien (comme on le voit parfois) de prendre un air p\u00e9dant pour expliquer que non non Bernoulli n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le vol des avions.<\/p>\n<p>En revanche, il faut bien noter qu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re de ce petit exercice, il faut deux ingr\u00e9dients pour expliquer comme un avion vole :<\/p>\n<ul>\n<li>Expliquer comment un certain champ de vitesses de l&rsquo;air va produire la portance;<\/li>\n<li>Expliquer quel champ de vitesse on va obtenir pour un profil et une inclinaison donn\u00e9s de l&rsquo;aile.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il faut bien s\u00e9parer ces deux questions ! Et ce qui est marrant, c&rsquo;est que parmi les nombreuses explications alternatives que l&rsquo;on trouve \u00e7\u00e0 et l\u00e0, on m\u00e9lange all\u00e8grement ces deux aspects.<\/p>\n<p>Ce que j&rsquo;argumente ici, c&rsquo;est que<strong> la premi\u00e8re question est parfaitement r\u00e9solue, et ce par une approche Bernoulli ou Newton<\/strong>, comme vous voulez c&rsquo;est pareil.<\/p>\n<p>La seule question int\u00e9ressante qui reste, c&rsquo;est d&rsquo;expliquer quel champ de vitesse on va se r\u00e9cup\u00e9rer pour un profil d&rsquo;aile donn\u00e9 (+ les conditions aux limites, les caract\u00e9ristiques du fluide). Et l\u00e0 il n&rsquo;y a pas d&rsquo;explication unique ! Cela d\u00e9pend \u00e9videmment de la forme de l&rsquo;aile, du fluide, etc. Dans le cas d&rsquo;une aile plate, on peut certainement invoquer la th\u00e9orie du ricochet, mais avec une aile courbe on peut faire appel \u00e0 l&rsquo;effet Coanda. On peut prendre en compte les effets de turbulence pour expliquer le d\u00e9crochage, etc. Mais il n&rsquo;y a pas UN ph\u00e9nom\u00e8ne unique qui explique la distribution des vitesses. Et au pire, \u00e7a se simule bien avec un code de simulation num\u00e9rique !<\/p>\n<p>En conclusion :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;origine de la portance est claire, Newton ou Bernoulli c&rsquo;est la m\u00eame chose, quantitativement parlant.<\/li>\n<li>L&rsquo;origine de la distribution des vitesses ne peut pas se r\u00e9duire \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne ou effet unique. Elle d\u00e9pend de la forme de l&rsquo;aile, et (au moins en th\u00e9orie) \u00e7a se calcule tr\u00e8s bien en r\u00e9solvant Navier-Stokes (ou plut\u00f4t une version simplifi\u00e9e.)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ceux qui veulent creuser peuvent aller voir <a href=\"http:\/\/www.drgoulu.com\/2012\/03\/11\/portance-pourquoi-ca-vole\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">chez Dr Goulu<\/a>\u00a0ou <a href=\"http:\/\/couleur-science.eu\/?d=2016\/09\/15\/22\/46\/21-comment-vole-un-avion-et-non-ce-nest-pas-juste-bernoulli\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">chez Couleur Science<\/a>\u00a0mes coll\u00e8gues blogueurs !<\/p>\n<p>[1] <a href=\"http:\/\/aviationbenefits.org\/media\/26786\/ATAG__AviationBenefits2014_FULL_LowRes.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ce rapport<\/a> mentionne 37.4 millions de vols commerciaux en 2014<\/p>\n<p>[2] <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2003\/12\/09\/news\/staying-aloft-what-does-keep-them-up-there.html?_r=0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">STAYING ALOFT; What Does Keep Them Up There<\/a>? By KENNETH CHANG<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque jour, ce sont pr\u00e8s de 100 000 avions qui prennent les airs pour transporter des millions de passager [1]. Et pourtant, \u00e0 en croire certains, on ne comprend pas compl\u00e8tement comment fait un avion pour voler. Vraiment ? Il faut dire que si l&rsquo;on cherche \u00e0 se renseigner un peu sur les raisons physiques<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[24],"class_list":{"0":"post-7981","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-physique","7":"tag-mecanique-des-fluides"},"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7981","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7981"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7981\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7981"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7981"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7981"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}