{"id":5844,"date":"2014-01-20T00:01:47","date_gmt":"2014-01-19T23:01:47","guid":{"rendered":"http:\/\/sciencetonnante.wordpress.com\/?p=5844"},"modified":"2014-01-20T00:01:47","modified_gmt":"2014-01-19T23:01:47","slug":"le-scandale-des-series-divergentes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/2014\/01\/20\/le-scandale-des-series-divergentes\/","title":{"rendered":"Le scandale des s\u00e9ries divergentes ! (ou le retour de 1+2+3+4+5+&#8230; = -1\/12)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify;\"><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/sum1.png\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-4819 alignleft lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/sum1.png\" alt=\"sum\" width=\"300\" height=\"171\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 300px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 300\/171;\" \/><\/a>Il y a quelques mois, j&rsquo;ai \u00e9crit <a title=\"1+2+3+4+5+6+7+\u2026 = -1\/12\u00a0!\" href=\"http:\/\/sciencetonnante.wordpress.com\/2013\/05\/27\/1234567-112\/\">ce billet<\/a> au sujet de la somme 1+2+3+4+5+\u2026 Toutes proportions gard\u00e9es, ce billet est \u00e0 ce jour le plus controvers\u00e9 de ce blog, et il m&rsquo;a valu une flop\u00e9e de commentaires parfois moqueurs ou condescendants.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Il faut dire que j&rsquo;y expliquais que m\u00eame si cette somme est<em> a priori<\/em> infinie, il est malgr\u00e9 tout possible de lui affecter une valeur finie : -1\/12. Pire, <strong>on peut calculer cette valeur \u00e0 partir de quelques manipulations heuristiques<\/strong> en apparence totalement interdites.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Absurde ! Ridicule ! Et pourtant les maths qui se cachent derri\u00e8re ce r\u00e9sultat provocateur sont tout \u00e0 fait r\u00e9elles : bienvenue dans le monde des <strong>s\u00e9ries divergentes<\/strong>. Comme je n&rsquo;en avais pas beaucoup racont\u00e9 dans le premier billet sur les concepts math\u00e9matiques concern\u00e9s, cela faisait quelques temps que je songeais \u00e0 faire une suite un peu plus consistante \u00e0 ce billet infamant.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Or il se trouve que Bruce, qui anime la cha\u00eene YouTube \u00ab\u00a0<em>e-penser\u00a0\u00bb<\/em> a r\u00e9cemment rallum\u00e9 le feu avec <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=xPfBZGtDjoM\">une vid\u00e9o<\/a> pr\u00e9sentant le m\u00eame calcul. Quelques jours plus tard, le c\u00e9l\u00e8bre blog anglophone <a href=\"http:\/\/www.slate.com\/blogs\/bad_astronomy\/2014\/01\/17\/infinite_series_when_the_sum_of_all_positive_integers_is_a_small_negative.html\">Bad Astronomy<\/a> \u00e9crit \u00e9galement un billet sur ce calcul, et bien s\u00fbr c&rsquo;est aussi l&rsquo;indignation !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Timing parfait : j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de m&rsquo;y coller et d&rsquo;expliquer vraiment de quoi il retourne. Nous allons donc voir pourquoi affecter la valeur -1\/12 \u00e0 la s\u00e9rie 1+2+3+4+5+6+\u2026 n&rsquo;est pas juste un canular d&rsquo;un mec qui n&rsquo;a rien compris aux maths, genre <em>\u00ab\u00a0je montre 1=0 en cachant une division par z\u00e9ro dans le raisonnement\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\"><strong>Affecter -1\/12 \u00e0 cette somme est possible sous certaines conditions<\/strong>, et les calculs heuristiques, quoique formellement faux, permettent \u00e9tonnamment de retrouver cette valeur. Le pire : en physique on se sert de ce r\u00e9sultat en apparence absurde !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\"><em>Petite mise en garde : En g\u00e9n\u00e9ral, j&rsquo;essaye dans mes billets de garder les connaissances n\u00e9cessaires au niveau lyc\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui exceptionnellement, je vais taper un peu au-del\u00e0 des maths du bac ! Si vous savez ce qu&rsquo;est une s\u00e9rie, \u00e7a peut aider&#8230;<br \/>\n<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">Rappel des faits<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">Pour commencer, je voudrais rappeler les quelques petits calculs qui ont \u00e9mu tant de monde. <strong>Oui, je sais, ces calculs sont a priori illicites<\/strong>, mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;objectif de ce billet d&rsquo;expliquer pourquoi ils ne le sont pas tant que \u00e7a. Alors ne partez pas au milieu !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Consid\u00e9rons la somme<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(A = 1-1+1-1+1-1+&#8230;\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">A priori cette somme n&rsquo;a pas de valeur bien d\u00e9finie. Essayons quand m\u00eame de lui en donner une ! Pour cela, on peut noter que<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\begin{array}{rcl} A &amp;=&amp; 1-1+1-1+1-1+&#8230;\\\\ &amp;=&amp; 1 &#8211; (1-1+1-1+1-1+&#8230;) \\\\ &amp;=&amp; 1-A \\end{array}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Puisqu&rsquo;on a A = 1-A, on peut d\u00e9duire que <strong>A=1\/2<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Passons maintenant \u00e0 plus ambitieux, la somme<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(B = 1-2+3-4+5-6+&#8230; \\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">M\u00eame remarque, cette somme n&rsquo;a en principe pas de valeur. Mais cette fois remarquons qu&rsquo;on peut \u00e9crire<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\begin{array}{rcl} B &amp;=&amp; 1-(2-3+4-5+6-7+&#8230;) \\\\ &amp;=&amp;1-(1-2+3-4+5-6+&#8230;)-(1-1+1-1+1-&#8230;) \\\\ &amp;=&amp; 1-B-A\\end{array}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">On a donc 2B = 1-A, et puisqu&rsquo;on conna\u00eet la valeur de A, on peut en d\u00e9duire <strong>B =1\/4<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Le gros morceau maintenant, on consid\u00e8re la b\u00eate immonde, la somme<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(S = 1+2+3+4+5+6+&#8230; \\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">On va cette fois soustraire B \u00e0 S et obtenir :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\begin{array}{rcl} S-B &amp;=&amp; (1+2+3+4+5+&#8230;)-(1-2+3-4+5-&#8230;) \\\\ &amp;=&amp;(4+8+12+16+&#8230;)=4S\\end{array}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">donc S = B + 4S qui nous am\u00e8ne \u00e0 la conclusion que <span style=\"color:#ff0000;\"><strong>S=-1\/12<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Stop ! <strong>Arr\u00eatez de hurler, je sais que tout cela est absurde<\/strong> ! Je manipule des objets non-d\u00e9finis, les s\u00e9ries divergent, et je pr\u00e9tend qu&rsquo;une somme de termes positifs peut \u00eatre n\u00e9gative, etc. Du d\u00e9lire total, quoi !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Et pourtant, on peut donner un sens pr\u00e9cis et rigoureux \u00e0 tout ceci. Alors voyons comment !<\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">Comment sommer un nombre infini de termes ?<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">Commen\u00e7ons \u00e0 la base : l&rsquo;addition des nombres r\u00e9els. Si je vous demande d&rsquo;additionner deux nombres, vous savez faire. Si je vous demande d&rsquo;additionner 3 nombres, vous allez me dire : pareil ! Et pourtant&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Ca vous para\u00eet peut-\u00eatre naturel d&rsquo;\u00e9crire et de calculer 1+2+3, mais \u00e7a n&rsquo;est pas si imm\u00e9diat ! Notez que pour avoir le droit de l&rsquo;\u00e9crire de cette mani\u00e8re, sans parenth\u00e8ses, <strong>il faut invoquer l&rsquo;associativit\u00e9 de l&rsquo;addition<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire que (1+2)+3 = 1+(2+3). Rappelez vous : l&rsquo;addition n&rsquo;est au d\u00e9part d\u00e9finie que pour 2 nombres, et c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est associative qu&rsquo;on peut l&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 une somme de plusieurs nombres en oubliant les parenth\u00e8ses.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Consid\u00e9rons maintenant <strong>une somme d&rsquo;un nombre infini de termes<\/strong>, par exemple<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(1 + 1\/2 + 1\/4 + 1\/8 + 1\/16 + 1\/32 + &#8230;\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Comment faites-vous pour calculer cette somme ? \u00ab\u00a0<em>On prend le premier terme, on ajoute le second, puis le troisi\u00e8me, et ainsi de suite jusqu&rsquo;au bout<\/em>.\u00a0\u00bb Ca vous para\u00eet \u00e9vident ? Et pourtant \u00e7a ne l&rsquo;est pas !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Il y a quelque chose d&rsquo;absolument critique \u00e0 comprendre : <strong>RIEN dans la d\u00e9finition usuelle de l&rsquo;addition ne nous dit comment on peut sommer un nombre infini de termes<\/strong>. Cette somme est donc a priori un objet ind\u00e9fini.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Pour lui affecter une valeur, il faut dire comment on fait. \u00c7a n&rsquo;est pas neutre, car cela signifie qu&rsquo;il faut faire un choix. On dit que l&rsquo;on va <strong>d\u00e9finir une m\u00e9thode de sommation<\/strong>. C&rsquo;est un point tr\u00e8s important \u00e0 saisir car tout le reste repose l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">La m\u00e9thode de sommation la plus naturelle, c&rsquo;est de prendre <strong>la limite de la suite des sommes partielles<\/strong>. Histoire d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cis, je vais faire un peu de formalisme.<\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">La m\u00e9thode \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">On consid\u00e8re une suite \\(a_n\\) de nombres r\u00e9els (pour simplifier), et on cherche \u00e0 affecter \u00e0 cette suite un nombre r\u00e9el, que l&rsquo;on veut associer intuitivement \u00e0 la somme de tous les \\(a_n\\). On veut donc construire une application\u00a0(notons-l\u00e0 \\(\\Sigma\\)), \u00e0 valeur dans \\(\\mathbb{R}\\), et\u00a0 d\u00e9finie sur l&rsquo;espace vectoriel des suites r\u00e9elles (enfin au moins un sous-espace vectoriel) .<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">La mani\u00e8re naturelle de d\u00e9finir \\(\\Sigma\\), c&rsquo;est de consid\u00e9rer la suite des sommes partielles<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(S_n = a_0 + a_1 + a_2 + &#8230; + a_n\\),<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">et de calculer sa limite quand \\(n\\) tend vers l&rsquo;infini. Si cette limite existe et est finie, on dit que la s\u00e9rie converge, et la limite est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant \u00ab\u00a0la valeur\u00a0\u00bb de \\(\\Sigma a_n\\) :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\Sigma a_n \\equiv\\mathrm{lim}_{n\\to\\infty} (a_0 + a_1 + a_2 + &#8230; + a_n) \\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Voil\u00e0, j&rsquo;ai d\u00e9crit mon application \\(\\Sigma\\), et elle est d\u00e9finie sur un sous-ensemble de l&rsquo;espace des suites r\u00e9elles: celui pour lesquelles la limite de la suite des sommes partielles existe (notons le \\({\\cal C}\\))<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Je me r\u00e9p\u00e8te : prendre la limite de la suite des sommes partielles est la mani\u00e8re la plus naturelle de faire, celle que l&rsquo;on fait quand on dit <em>\u00ab\u00a0on prend le premier terme, on ajoute le second et ainsi de suite\u00a0\u00bb<\/em>, mais <strong>il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9finition, d&rsquo;un choix<\/strong>. Cette proc\u00e9dure ne d\u00e9coule pas \u00ab\u00a0automatiquement\u00a0\u00bb de l&rsquo;addition usuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Pour vous convaincre qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une extension de l&rsquo;addition usuelle, en voici une cons\u00e9quence \u00e9tonnante : <strong>quand on a une somme d&rsquo;un nombre infini de termes, la valeur de la somme peut d\u00e9pendre de l&rsquo;ordre des termes<\/strong> !<\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">Bye bye la commutativit\u00e9 !<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">Vous le savez, quand on fait des additions, l&rsquo;ordre ne compte pas : 1+2+3 = 3+1+2, par exemple. C&rsquo;est une autre propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;addition qui s&rsquo;appelle <strong>la commutativit\u00e9<\/strong>. C&rsquo;est bien pratique, mais pour les sommes infinies, \u00e7a ne marche pas toujours !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Consid\u00e9rez par exemple cette somme, que l&rsquo;on appelle la s\u00e9rie harmonique altern\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(H = 1 &#8211; 1\/2 + 1\/3 &#8211; 1\/4 + 1\/5 &#8211; 1\/6 + &#8230; \\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">c&rsquo;est-\u00e0-dire la s\u00e9rie de terme \\(a_n=(-1)^{n-1}\/n\\). On peut assez facilement montrer que la limite de la suite des sommes partielles vaut \\(ln(2)\\). On a donc envie de dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 de LA valeur de cette somme infinie.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Et pourtant, si on change l&rsquo;ordre des termes dans l&rsquo;addition, on peut changer la valeur de la limite. Plus fort encore, on peut montrer qu&rsquo;<strong>on peut toujours changer l&rsquo;ordre des termes pour la faire converger vers ce qu&rsquo;on veut !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Oui oui, vous lisez bien. Si vous r\u00e9arrangez comme il faut les termes de cette s\u00e9rie, vous pouvez la faire converger vers \\(\\sqrt{42}\/(e+\\pi)\\) si \u00e7a vous amuse. Et pire encore, ce r\u00e9sultat bizarre n&rsquo;est pas du tout sp\u00e9cifique \u00e0 cette s\u00e9rie : il marche avec tout un tas d&rsquo;autres !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\"><em>(Pour ceux qui font des maths post-bac : \u00e7a marche pour toutes les s\u00e9ries convergentes mais pas absolument convergentes. \u00c7a n&rsquo;est pas tr\u00e8s difficile \u00e0 d\u00e9montrer, c&rsquo;est une preuve constructive de la permutation, et cela porte le nom de\u00a0 <strong>th\u00e9or\u00e8me de r\u00e9arrangement de Riemann<\/strong>.)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Vous voyez donc que la d\u00e9finition \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb d&rsquo;une somme d&rsquo;un nombre infini de termes est quand m\u00eame loin d&rsquo;\u00eatre innocente, puisqu&rsquo;<strong>on y perd une propri\u00e9t\u00e9 fondamentale de l&rsquo;addition : la commutativit\u00e9<\/strong> !<\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">D&rsquo;autres m\u00e9thodes de sommation ?<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">J&rsquo;esp\u00e8re vous avoir convaincu que la m\u00e9thode \u00ab\u00a0usuelle\u00a0\u00bb pour sommer des s\u00e9ries, d&rsquo;une part est bien une d\u00e9finition (et donc r\u00e9sulte d&rsquo;un choix); d&rsquo;autre part n&rsquo;est pas si gratuite que \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Clairement les trois s\u00e9ries que j&rsquo;ai pr\u00e9sent\u00e9 au d\u00e9but (A, B et S) ne sont pas sommables par la m\u00e9thode usuelle : leurs suites des sommes partielles ne convergent pas. On ne peut donc pas leur affecter un nombre fini par la m\u00e9thode naturelle. Mais pourrait-on faire autrement ? <strong>Existe-t-il d&rsquo;autres m\u00e9thodes de sommation que la m\u00e9thode \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Je vous ai dit qu&rsquo;on peut voir une m\u00e9thode de sommation comme une application d\u00e9finie sur un sous-espace de l&rsquo;espace vectoriel des suites r\u00e9elles, et \u00e0 valeur dans \\(\\mathbb{R}\\). \u00c9videmment, on ne veut pas faire n&rsquo;importe quoi, alors on va poser quelques conditions pour dire ce qu&rsquo;est une m\u00e9thode de sommation raisonnable.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">La principale, c&rsquo;est qu&rsquo;<strong>on aimerait trouver une m\u00e9thode qui soit compatible avec la limite de la suite des sommes partielles. <\/strong>On n&rsquo;a pas envie de construire une m\u00e9thode qui se mette \u00e0 affecter de nouvelles valeurs aux s\u00e9ries convergentes ! En pratique, on cherche donc une application \\(\\tilde{\\Sigma}\\) qui soit un prolongement de l&rsquo;application \\(\\Sigma\\), c&rsquo;est-\u00e0-dire :<\/p>\n<ul>\n<li>qui soit d\u00e9finie sur un espace plus large que l&rsquo;espace \\({\\cal C}\\) de d\u00e9finition de \\(\\Sigma\\);<\/li>\n<li>qui co\u00efncide avec \\(\\Sigma\\) sur \\({\\cal C}\\).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>La m\u00e9thode de Cesaro<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">Une de ces m\u00e9thodes, c&rsquo;est <strong>la m\u00e9thode dite de Cesaro<\/strong>. Au lieu de prendre la limite de la suite des sommes partielles, on prend la limite de la moyenne des sommes partielles, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on d\u00e9finit<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\({\\Sigma^C}\\ a_n\\equiv\\mathrm{lim}_{n\\to\\infty}\\frac{1}{n}(S_0+S_1+S_2+&#8230;+S_n)\\).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">J&rsquo;ai appel\u00e9 cette application \\({\\Sigma^C}\\) pour la distinguer de la m\u00e9thode usuelle. Je vous laisse vous convaincre que cette m\u00e9thode est bien un prolongement de \\(\\Sigma\\) : elle est d\u00e9finie plus largement, mais pour toute s\u00e9rie convergente, on retrouve le m\u00eame r\u00e9sultat que la m\u00e9thode usuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Que nous apporte cette nouvelle m\u00e9thode ? Prenez la s\u00e9rie que je notais A au d\u00e9but de ce billet (qu&rsquo;on appelle la s\u00e9rie de Grandi, et qui n&rsquo;est pas sommable par la m\u00e9thode usuelle) <strong>la m\u00e9thode de Cesaro permet de lui affecter une valeur, et cette valeur est 1\/2 ! <\/strong>Tiens, la m\u00eame valeur que celle que l&rsquo;on trouve avec les manipulations initiales&#8230;<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">La m\u00e9thode d&rsquo;Abel<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">Voyons une autre m\u00e9thode un peu plus g\u00e9n\u00e9rique, qu&rsquo;on appelle la m\u00e9thode d&rsquo;Abel. L&rsquo;id\u00e9e est de consid\u00e9rer la fonction d\u00e9finie par la s\u00e9rie enti\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(f(x) = \\sum a_n x^n\\),<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">et de voir si elle poss\u00e8de une limite quand x tend vers 1, ce qui formellement repr\u00e9sente la somme \\(a_0+a_1+a_2+&#8230;\\). Posons donc la d\u00e9finition de cette m\u00e9thode de sommation, et appelons l\u00e0 \\(\\Sigma^A\\) :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\({\\Sigma^A}\\ a_n\\equiv\\mathrm{lim}_{x\\to 1} \\sum a_n x^n \\).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Voyons ce que \u00e7a donne avec la s\u00e9rie que je notais B au d\u00e9but du billet. On d\u00e9finit la fonction<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(f(x)=\\sum (-1)^{n-1} n x^n = -x \\sum (-1)^n n x^{n-1}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Si vous \u00eates habitu\u00e9s \u00e0 d\u00e9river des s\u00e9ries enti\u00e8res, je vous laisse vous convaincre qu&rsquo;on a<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(f(x) = -x \\frac{d}{dx}\\left(\\frac{1}{1+x}\\right) = \\frac{x}{(1+x)^2}\\).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Or vous voyez que <strong>cette fonction se trouve bien d\u00e9finie pour x=1, et vaut 1\/4&#8230;la m\u00eame valeur que le calcul heuristique effectu\u00e9 sur B !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Alors est-ce que les calculs du d\u00e9but de ce billet seraient quand m\u00eame justes ?<\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">Stabilit\u00e9, lin\u00e9arit\u00e9, r\u00e9gularit\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">Non, \u00ab\u00a0stabilit\u00e9, lin\u00e9arit\u00e9, r\u00e9gularit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e7a n&rsquo;est pas une nouvelle devise pour le pays. Il s&rsquo;agit de trois propri\u00e9t\u00e9s importantes que v\u00e9rifient les deux m\u00e9thodes de sommation que j&rsquo;ai pr\u00e9sent\u00e9es ci-dessus :<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\"><strong>La r\u00e9gularit\u00e9<\/strong>, c&rsquo;est le fait qu&rsquo;une m\u00e9thode co\u00efncide avec la m\u00e9thode usuelle sur les sous-espaces o\u00f9 elles sont toutes les deux d\u00e9finies. Nous en avons parl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\"><strong>La lin\u00e9arit\u00e9<\/strong>, c&rsquo;est le fait que l&rsquo;op\u00e9rateur de sommation soit lin\u00e9aire dans l&rsquo;espace vectoriel des suites, c&rsquo;est-\u00e0-dire que si on attribue la valeur A \u00e0 la s\u00e9rie de terme \\(a_n\\) et la valeur B \u00e0 la s\u00e9rie de terme \\(b_n\\), alors on attribue la valeur \\(\\lambda A +B\\) \u00e0 la s\u00e9rie de terme \\(\\lambda a_n + b_n\\), pour \\(\\lambda\\) un scalaire.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\"><strong>La stabilit\u00e9<\/strong>, c&rsquo;est le fait que l&rsquo;on puisse toujours sortir un nombre fini de termes en t\u00eate de la s\u00e9rie, de sorte que<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\Sigma a_n = (a_0 + a_1 + &#8230; + a_K) + \\Sigma a_{n+K}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Maintenant, reprenez les calculs du d\u00e9but de ce billet. Si vous les observez attentivement, vous observerez qu&rsquo;ils ne se basent que sur ces 3 propri\u00e9t\u00e9s !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Cela signifie que si on suppose qu&rsquo;il existe une m\u00e9thode de sommation stable, lin\u00e9aire et r\u00e9guli\u00e8re permettant de sommer la s\u00e9rie, alors ces calculs sont valides et conduisent \u00e0 la bonne valeur !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Pour vous le prouver, je vais r\u00e9crire le premier calcul de mani\u00e8re tout \u00e0 fait licite. Supposons qu&rsquo;une m\u00e9thode de sommation \\(\\tilde{\\Sigma}\\) existe pour la suite (1,-1,1,-1,1,&#8230;), et que cette m\u00e9thode soit stable, lin\u00e9aire et r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Alors on a :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\begin{array}{rclr}A &amp;=&amp; \\tilde{\\Sigma}(1,-1,1,-1,&#8230;)\\\\ &amp;=&amp;1+\\tilde{\\Sigma}(-1,1,-1,+1,&#8230;)&amp;\\mathrm{Stabilite} \\\\&amp;=&amp;1-\\tilde{\\Sigma}(1,-1,1,-1,&#8230;)&amp;\\mathrm{Linearite} \\\\ &amp;=&amp;1-A&amp;\\end{array}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Vous voyez donc que le calcul heuristique sur A men\u00e9 au d\u00e9but de ce billet est parfaitement l\u00e9gal, pour peu que l&rsquo;on sache exactement ce qu&rsquo;on fait ! Et on n&rsquo;a le droit de n&rsquo;utiliser que la stabilit\u00e9 et la lin\u00e9arit\u00e9. Notamment <strong>toute op\u00e9ration de reparenth\u00e8sage est interdite, ou toute modification de l&rsquo;ordre des termes de la s\u00e9rie.<\/strong> Ces manipulations en apparence innocentes sont interdites si on veut que les calculs \u00ab\u00a0heuristiques\u00a0\u00bb donnent un r\u00e9sultat sens\u00e9. Et bien s\u00fbr, ces calculs ne sont licites que si on sait par avance qu&rsquo;une m\u00e9thode de sommation stable et lin\u00e9aire existe pour la s\u00e9rie que l&rsquo;on regarde. Mais <strong>si une telle m\u00e9thode existe, alors le calcul heuristique est licite, et il donne la bonne r\u00e9ponse<\/strong> !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\"><em>(Je laisse en exercice au lecteur de montrer que le calcul heuristique de B est valide lui-aussi. Attention \u00e0 bien utiliser la lin\u00e9arit\u00e9 : on n&rsquo;a le droit que de sommer terme \u00e0 terme !)<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">La r\u00e9gularisation par la fonction zeta<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">Un cas que je n&rsquo;ai pas encore trait\u00e9, c&rsquo;est celui de la somme 1+2+3+4+5\u2026Pour cette s\u00e9rie, les m\u00e9thodes d&rsquo;Abel ou de Cesaro ne fonctionnent pas. Mais pour autant il existe une m\u00e9thode de sommation qui fonctionne ! Pour une s\u00e9rie de germe g\u00e9n\u00e9ral \\(a_n\\), on d\u00e9finit<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(f(s) = \\sum \\frac{a_n}{n^{s+1}}\\),<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">et on cherche si cette fonction (d\u00e9finie dans le plan complexe) admet une valeur ou un prolongement analytique en \\(s=-1\\). Pour la s\u00e9rie 1+2+3+4+5+&#8230;, avec \\(a_n=n\\) on obtient la fameuse fonction dite \u00ab\u00a0zeta\u00a0\u00bb de Riemann. Cette fonction est d\u00e9finie de la mani\u00e8re suivante<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\zeta(s) = \\sum \\frac{1}{n^s}\\).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Or cette fonction admet bien un prolongement analytique en \\(s=-1\\), c&rsquo;est-\u00e0-dire que formellement elle attribue une valeur \u00e0 la s\u00e9rie divergente \\(\\sum n\\) ! <strong>Or il se trouve que ce prolongement analytique \\(\\zeta(-1)\\) a pour valeur -1\/12, comme pour le calcul heuristique !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Il existe une autre m\u00e9thode de sommation, dite de <strong>Ramanujan<\/strong>, qui par une proc\u00e9dure diff\u00e9rente associe aussi la valeur -1\/12 \u00e0 cette s\u00e9rie divergente (<a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Ramanujan_summation\">voir ici<\/a>). Vous voyez donc qu&rsquo;il existe plusieurs m\u00e9thodes de sommation bien d\u00e9finies qui affectent cette valeur \u00e0 la s\u00e9rie \\(\\sum n\\). Si l&rsquo;on sait de quoi on parle, tout cela est donc bien raisonnable !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Et pourtant, tout n&rsquo;est pas clair pour autant, en tout cas pour moi !<\/p>\n<h3 style=\"text-align:justify;\">Quelques questions ouvertes (pour moi)<\/h3>\n<p style=\"text-align:justify;\">A ce stade, on a envie de dire que la m\u00e9thode de la fonction \\(\\zeta\\) et la m\u00e9thode de Rammanujan justifient le calcul heuristique de 1+2+3+4+5+&#8230;=-1\/12.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Et pourtant il y a un hic. Dans le billet pr\u00e9c\u00e9dent, un g\u00e9n\u00e9reux commentateur (nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Matheux\u00a0\u00bb)\u00a0 m&rsquo;a point\u00e9 le calcul suivant. Supposons qu&rsquo;il existe effectivement une m\u00e9thode de sommation \\(\\tilde{\\Sigma}\\) r\u00e9guli\u00e8re, stable et lin\u00e9aire d\u00e9finie pour (1,2,3,4,5,&#8230;), et qui lui assigne la valeur S, on a alors par stabilit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\begin{array}{rclr} S &amp;=&amp; \\tilde{\\Sigma}(1,2,3,4,5,&#8230;) &amp; \\\\ S &amp;=&amp; \\tilde{\\Sigma}(0,1,2,3,4,&#8230;) \\\\ S &amp;=&amp; \\tilde{\\Sigma}(0,0,1,2,3,&#8230;) \\end{array}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Mais en additionnant la premi\u00e8re ligne, la troisi\u00e8me et -2 fois la seconde (lin\u00e9arit\u00e9), on trouve<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(0=\\tilde{\\Sigma}(1,0,0,0,0,&#8230;)=1\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Ce qui est contradictoire !<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Ce calcul montre donc qu&rsquo;<strong>il ne peut pas exister de m\u00e9thode r\u00e9guli\u00e8re, stable et lin\u00e9aire qui soit d\u00e9finie pour 1+2+3+4+5+&#8230;<\/strong>(perso je n&rsquo;ai vu \u00e9crit ce r\u00e9sultat nulle part ailleurs) En particulier les m\u00e9thodes de Ramanujan et de la fonction zeta ne peuvent donc pas v\u00e9rifier ces 3 conditions. Laquelle n&rsquo;est pas satisfaite ? Je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr, mais je pense que c&rsquo;est la lin\u00e9arit\u00e9. (Quelqu&rsquo;un a une id\u00e9e ?)<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Est-ce \u00e0 dire qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de mani\u00e8re unique d&rsquo;assigner une valeur \u00e0 cette s\u00e9rie divergente ? Pourtant il est fascinant de voir que la m\u00e9thode de la fonction \\(\\zeta\\), la m\u00e9thode de Ramanujan et la m\u00e9thode heuristique trouvent toutes la m\u00eame valeur ! <em>(Au passage, dans mon calcul heuristique, je viole une des 3 conditions, saurez-vous retrouver laquelle et o\u00f9 ?)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Peut-on d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre dire que cette valeur est unique ? Ou qu&rsquo;elle correspond \u00e0 un groupe d&rsquo;hypoth\u00e8ses bien d\u00e9finies ? Ca serait bien, car comme je l&rsquo;expliquais dans <a title=\"1+2+3+4+5+6+7+\u2026 = -1\/12\u00a0!\" href=\"http:\/\/sciencetonnante.wordpress.com\/2013\/05\/27\/1234567-112\/\">mon premier billet<\/a>, <strong>la valeur de -1\/12 est utilis\u00e9e dans quelques mod\u00e8les de physique th\u00e9orique<\/strong>, et notamment c&rsquo;est elle qui d\u00e9termine les fameuses dimensions sup\u00e9rieures de la th\u00e9orie des cordes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Une piste pour cela, si on voulait appliquer la m\u00e9thode d&rsquo;Abel \u00e0 la s\u00e9rie 1+2+3+4+&#8230;, il faudrait d\u00e9finir<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(f(x)=\\sum n x^n=\\frac{x}{(1-x)^2}\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Cette fonction n&rsquo;admet pas de prolongement en x=1 (Abel ne marche donc pas), mais si on pose \\(x=e^{-h}\\), on obtient en \\(h \\to 0\\) :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\frac{1}{h^2} &#8211; \\frac{1}{12} + \\frac{h^2}{240} + &#8230;\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">On voit qu&rsquo;une fois \u00f4t\u00e9 le terme singulier inital, on retombe sur -1\/12 en h=0 c&rsquo;est-\u00e0-dire x=1. Ca doit plus ou moins correspondre \u00e0 ce qui se passe avec la formule de MacLaurin (voir mon billet pr\u00e9c\u00e9dent)<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\">\\(\\sum_n f(n) &#8211; \\int_0^{+\\infty} f(x) dx = \\frac{1}{2} f(0) &#8211; \\frac{1}{12} f'(0) + &#8230;\\)<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">qui quand on l&rsquo;applique (ill\u00e9galement) \u00e0 la fonction \\(f(x)=x\\) donne :<\/p>\n<p style=\"text-align:center;\"><em>\\(\\left(\\sum_n n &#8211; \\int x\\ dx\\right) = &#8211; 1\/12 \\)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">On retombe sur le -1\/12, et la soustraction de l&rsquo;int\u00e9grale \u00e0 la somme doit physiquement bien correspondre \u00e0 ce qu&rsquo;on fait en th\u00e9orie quantique des champs pour se d\u00e9barrasser des infinis dus aux \u00e9nergies de point z\u00e9ro. Donc <strong>les m\u00e9thodes de Rammanujan ou de zeta sont certainement physiquement justifiables !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">En conclusion :<\/p>\n<ul>\n<li>Il est possible d&rsquo;affecter formellement des valeurs \u00e0 certaines s\u00e9ries divergentes sous certaines conditions<\/li>\n<li>Ceci produit des m\u00e9thodes math\u00e9matiques utiles pour aborder certains probl\u00e8mes physiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>N&rsquo;est-ce pas tout ce qu&rsquo;on demande aux maths ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Si vous \u00eates arriv\u00e9s jusqu&rsquo;ici, bravo ! En tout cas vous voici maintenant du c\u00f4t\u00e9 obscur, car Abel lui-m\u00eame disait en\u00a0 1826:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align:justify;\"><em>Les s\u00e9ries divergentes sont une invention du diable et c\u2019est une honte qu\u2019on ose fonder sur elles la moindre d\u00e9monstration. On peut tirer d\u2019elles tout ce qu\u2019on veut quand on les emploie et ce sont elles qui ont produit tant d\u2019\u00e9checs et tant de paradoxes. (&#8230;) Mes amis, voici quelque chose dont il faut se moquer.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align:justify;\"><span style=\"text-decoration:underline;\">Quelques r\u00e9f\u00e9rences en vrac :<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/terrytao.wordpress.com\/2010\/04\/10\/the-euler-maclaurin-formula-bernoulli-numbers-the-zeta-function-and-real-variable-analytic-continuation\/\">Un excellent billet de Terence Tao<\/a>\u00a0qui donne des r\u00e9ponses \u00e0 plusieurs questions qui se posent \u00e0 la fin de ce billet : pourquoi la m\u00e9thode zeta n&rsquo;est pas stable, quelle est la connection avec Euler-McLaurin, etc. Ca picote un peu, mais il est fort le bougre !\u00a0(merci Herv\u00e9 !)<\/li>\n<li>L&rsquo;article Wikip\u00e9dia <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Divergent_series\">Divergent Series<\/a><\/li>\n<li>La bible du sujet, <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/divergentseries033523mbp\">Divergent Series de Hardy<\/a><\/li>\n<li>Un tr\u00e8s bon billet en anglais <a href=\"http:\/\/www.science4all.org\/le-nguyen-hoang\/infinite-series\/\">The surprising flavor of Infinite Serie<\/a>s, que L\u00ea a \u00e9crit apr\u00e8s avoir lu et comment\u00e9 mon premier billet, et o\u00f9 il compare fort opportun\u00e9ment la sommation des s\u00e9ries divergentes \u00e0 la pr\u00e9paration du fugu !<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques mois, j&rsquo;ai \u00e9crit ce billet au sujet de la somme 1+2+3+4+5+\u2026 Toutes proportions gard\u00e9es, ce billet est \u00e0 ce jour le plus controvers\u00e9 de ce blog, et il m&rsquo;a valu une flop\u00e9e de commentaires parfois moqueurs ou condescendants. Il faut dire que j&rsquo;y expliquais que m\u00eame si cette somme est a<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[74,22],"class_list":{"0":"post-5844","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-mathematiques","7":"tag-analyse","8":"tag-infini"},"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5844","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5844"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5844\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5844"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5844"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5844"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}