{"id":3970,"date":"2013-01-14T00:01:15","date_gmt":"2013-01-13T23:01:15","guid":{"rendered":"http:\/\/sciencetonnante.wordpress.com\/?p=3970"},"modified":"2021-02-12T08:32:03","modified_gmt":"2021-02-12T07:32:03","slug":"le-theoreme-de-godel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/2013\/01\/14\/le-theoreme-de-godel\/","title":{"rendered":"Le th\u00e9or\u00e8me d&rsquo;incompl\u00e9tude de G\u00f6del"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3972 size-full lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/godel.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"171\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 300px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 300\/171;\" \/>C&rsquo;est en cours de philo que j&rsquo;en ai entendu parler pour la premi\u00e8re fois ! Notre prof nous faisait un cours sur la logique et ses fondements, et c&rsquo;est alors qu&rsquo;elle le mentionna : le fameux th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del, celui qui prouve que quoi qu&rsquo;on fasse, <strong>il existe des \u00e9nonc\u00e9s math\u00e9matiques vrais, mais ind\u00e9montrables.<\/strong> Les math\u00e9matiques resteront \u00e0 tout jamais un \u00e9difice imparfait\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;en fus \u00e9videmment tout retourn\u00e9 et fascin\u00e9\u00a0: comment \u00e9tait-il possible qu&rsquo;un truc pareil existe\u00a0? Comment prouver ce r\u00e9sultat pouvait m\u00eame \u00eatre du domaine de la science\u00a0?<!--more--><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Peut-on tout d\u00e9montrer en math\u00e9matiques ?<\/h3>\n<p>Quand on fait des math\u00e9matiques, on manipule des <strong>\u00e9nonc\u00e9s<\/strong>. Un \u00e9nonc\u00e9 est une suite de symboles ou une phrase ayant un sens math\u00e9matique pr\u00e9cis. Par exemple <em>2 + 2 = 4<\/em> ou \u00ab\u00a0<em>Il existe une infinit\u00e9 de nombres premiers\u00a0\u00bb <\/em>sont des \u00e9nonc\u00e9s math\u00e9matiques. Un \u00e9nonc\u00e9 math\u00e9matique est soit vrai, soit faux : par exemple <em>2 + 2 = 5<\/em> est un \u00e9nonc\u00e9 faux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on consid\u00e8re un \u00e9nonc\u00e9 math\u00e9matique, on ne sait pas forc\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;avance s&rsquo;il est vrai ou faux. Le travail du math\u00e9maticien, c&rsquo;est justement d&rsquo;essayer de savoir lesquels sont vrais et lesquels sont faux. Et pour cela, il utilise un outil : il fait des<strong> d\u00e9monstrations<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si un math\u00e9maticien arrive \u00e0 d\u00e9montrer un \u00e9nonc\u00e9, on consid\u00e8re que cet \u00e9nonc\u00e9 est \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb. S&rsquo;il d\u00e9montre le contraire, alors on dit que l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 est faux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les math\u00e9matiques reposent donc sur l&rsquo;id\u00e9e que si un \u00e9nonc\u00e9 est vrai, alors il doit en exister une d\u00e9monstration, et il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;\u00e0 la trouver. Mais<strong> est-on s\u00fbr que tout ce qui est \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb est forc\u00e9ment \u00ab\u00a0d\u00e9montrable\u00a0\u00bb ?<\/strong> Se pourrait-il qu&rsquo;il existe des choses vraies mais ind\u00e9montrable ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notez bien que s&rsquo;il existe des choses vraies mais ind\u00e9montrables, c&rsquo;est un camouflet pour les math\u00e9maticiens, car cela signifie qu&rsquo;il y a des questions math\u00e9matiques auxquelles ils ne peuvent pas r\u00e9pondre ! Pour couper court \u00e0 cette inqui\u00e9tude, au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, quelques matheux et logiciens men\u00e9s par David Hilbert ont voulu asseoir les maths sur des bases inattaquables. Ils ont donc cherch\u00e9 \u00e0 montrer que si une affirmation math\u00e9matique est vraie, alors il en existe n\u00e9cessairement une d\u00e9monstration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement pour eux, en 1931, <strong>le jeune logicien tch\u00e8que Kurt G\u00f6del a douch\u00e9 leurs espoirs<\/strong> avec un r\u00e9sultat aussi diabolique qu\u2019inattendu : <strong>en math\u00e9matique, il existera toujours des \u00e9nonc\u00e9s vrais, et pourtant ind\u00e9montrables<\/strong>. M\u00eame sur leur propre terrain de jeu, les maths ne sont donc pas toutes puissantes\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour comprendre exactement de quoi il retourne, il nous faut creuser un peu la notion de \u00ab\u00a0d\u00e9montrable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">A quoi jouent les math\u00e9maticiens\u00a0?<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/axiomes-et-thecc81orecc80mes1.png\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3976 alignright lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/axiomes-et-thecc81orecc80mes1.png\" alt=\"axiomes et th\u00e9or\u00e8mes\" width=\"300\" height=\"223\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 300px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 300\/223;\" \/><\/a>Pour d\u00e9montrer des choses, les matheux utilisent ce qu&rsquo;on appelle <strong>la m\u00e9thode axiomatique<\/strong>. Ils se donnent certaines affirmations comme ingr\u00e9dients de d\u00e9part : ce sont les axiomes. Puis ils cherchent \u00e0 les combiner selon les r\u00e8gles de la logique pour essayer d&rsquo;aboutir \u00e0 de nouvelles affirmations. <strong>Une affirmation d\u00e9duite des axiomes est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0d\u00e9montr\u00e9e\u00a0\u00bb<\/strong> (on peut alors la qualifier de <em>th\u00e9or\u00e8me<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour illustrer le principe de la m\u00e9thode axiomatique, on peut utiliser une analogie avec un \u00e9chafaudage. Les axiomes, ce sont les bases de notre \u00e9chafaudage, et les r\u00e8gles de la logique nous permettent de monter une structure qui repose sur ces axiomes. Chaque fen\u00eatre \u00e0 laquelle on acc\u00e8de gr\u00e2ce \u00e0 notre \u00e9chafaudage est une affirmation d\u00e9montr\u00e9e qui devient un th\u00e9or\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes les math\u00e9matiques se font au moyen de la m\u00e9thode axiomatique, mais il existe plusieurs choix possibles pour les axiomes. Si vous voulez faire de la g\u00e9om\u00e9trie dans le plan, vous allez partir des axiomes d&rsquo;Euclide. Si vous avez envie de consid\u00e9rer uniquement les nombres entiers, vous pouvez vous tourner vers <strong>les axiomes de l&rsquo;arithm\u00e9tique de Peano<\/strong>. Pour vous faire une id\u00e9e de ce \u00e0 quoi \u00e7a ressemble, voici quelques uns de ces axiomes :<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li><em>0 est un nombre<\/em><\/li>\n<li><em>Tout nombre poss\u00e8de un suivant<\/em><\/li>\n<li><em>0 n&rsquo;est le suivant d&rsquo;aucun nombre<\/em><\/li>\n<li><em>Si x=y et y=z, alors x=z<\/em><\/li>\n<li><em>etc.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin si vous voulez faire des maths plus subtiles, vous devez utiliser un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes plus travaill\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, <strong>LE syst\u00e8me d&rsquo;axiomes sur lequel reposent toutes les math\u00e9matiques modernes, c&rsquo;est celui de la th\u00e9orie des ensembles de Zermelo-Frenkel<\/strong> (not\u00e9 ZFC pour les intimes). \u00c7a veut dire que si de nos jours un math\u00e9maticien dit \u00ab\u00a0J&rsquo;ai d\u00e9montr\u00e9 ceci\u00a0\u00bb, alors c&rsquo;est sous-entendu \u00ab\u00a0en utilisant les axiomes de ZFC\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ce que dit le th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/godel_einstein.jpeg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4023 lazyload\" data-src=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/godel_einstein.jpeg\" alt=\"Godel_Einstein\" width=\"250\" height=\"323\" data-srcset=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/godel_einstein.jpeg 250w, https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/godel_einstein-232x300.jpeg 232w\" data-sizes=\"(max-width: 250px) 100vw, 250px\" src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" style=\"--smush-placeholder-width: 250px; --smush-placeholder-aspect-ratio: 250\/323;\" \/><\/a>Nous avons vu que la notion de \u00ab\u00a0d\u00e9montrabilit\u00e9\u00a0\u00bb est toujours relative \u00e0 un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes. Cela veut dire qu&rsquo;une certaine affirmation math\u00e9matique peut tr\u00e8s bien \u00eatre d\u00e9montrable avec un syst\u00e8me, mais pas avec un autre ! Ce dont ont voulu s&rsquo;assurer Hilbert et sa bande au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, c&rsquo;est qu&rsquo;il \u00e9tait possible de construire un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes parfait, tel que toutes les propositions math\u00e9matiques vraies y soient d\u00e9montrables. Un tel syst\u00e8me serait dit <em>\u00ab\u00a0complet\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cet espoir que G\u00f6del a ruin\u00e9 : il a d\u00e9montr\u00e9 que d\u00e8s que l&rsquo;on veut faire au minimum de l&rsquo;arithm\u00e9tique des nombres entiers, quel que soit le syst\u00e8me d&rsquo;axiomes qu&rsquo;on utilise, <strong>il existera toujours des \u00e9nonc\u00e9s vrais mais ind\u00e9montrables<\/strong>. On dit que ces \u00e9nonc\u00e9s sont <strong>ind\u00e9cidables<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela signifie qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de syst\u00e8me d&rsquo;axiomes complet, et c&rsquo;est pour cela que l&rsquo;on appelle ce th\u00e9or\u00e8me, <strong>le th\u00e9or\u00e8me d&rsquo;incompl\u00e9tude<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour reprendre l&rsquo;analogie avec l&rsquo;\u00e9chafaudage, on peut y mettre autant de piliers qu&rsquo;on veut, il existera toujours des fen\u00eatres de l&rsquo;immeuble qu&rsquo;on ne pourra pas atteindre !<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les implications pratiques du th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">En th\u00e9orie, le th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del est une catastrophe. Il nous dit que, aussi sophistiqu\u00e9s et nombreux que soient nos axiomes de d\u00e9part, on va se retrouver avec des \u00e9nonc\u00e9s ind\u00e9cidables. Cela veut dire qu&rsquo;il y a peut \u00eatre des milliers de math\u00e9maticiens en train de passer leurs journ\u00e9es \u00e0 chercher des d\u00e9monstrations &#8230; de choses ind\u00e9montrables !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Heureusement, en pratique, presque tout le monde se fiche du th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del. En effet on s&rsquo;est rendu compte que malgr\u00e9 tout, les propositions ind\u00e9cidables sont tellement tordues qu&rsquo;on ne les croise pour ainsi dire jamais, et donc <strong>la quasi-totalit\u00e9 des propositions vraies \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb sont d\u00e9montrables <\/strong>avec les syst\u00e8mes d&rsquo;axiomes qu&rsquo;on utilise. On est donc convaincus que l&rsquo;on dispose de suffisamment de bon piliers \u00e0 notre \u00e9chafaudage pour atteindre toutes les fen\u00eatres int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi si aujourd&rsquo;hui un math\u00e9maticien lambda cherche \u00e0 faire une d\u00e9monstration, sa principale crainte sera de ne pas \u00eatre assez fort pour la trouver. Mais presque \u00e0 aucun moment il n&rsquo;envisage s\u00e9rieusement que cette proposition soit \u00ab\u00a0ind\u00e9montrable\u00a0\u00bb.\u00a0 Les cons\u00e9quences pratiques du th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del sont donc tr\u00e8s limit\u00e9es.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Une saveur de la d\u00e9monstration<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne voudrais pas passer trop de temps \u00e0 parler de la d\u00e9monstration proprement dite. D&rsquo;une part on la trouve d\u00e9crite un peu partout\u00a0 d&rsquo;autre part je trouve que c&rsquo;est ce qui obscurcit souvent les pr\u00e9sentations vulgaris\u00e9es du th\u00e9or\u00e8me. Ceux qui ont mal \u00e0 la t\u00eate peuvent arr\u00eater l\u00e0 ! (<em>N&rsquo;oubliez pas que G\u00f6del est mort fou, tout comme d&rsquo;autres logiciens ayant trait\u00e9 des questions similaires comme Cantor, Zermelo, Post, Frege, Wittgenstein&#8230;enfin d&rsquo;apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/drgoulu.com\/2011\/01\/06\/logicomix\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Logicomix<\/a>)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour d\u00e9montrer son diabolique th\u00e9or\u00e8me, G\u00f6del fait essentiellement une preuve \u00ab\u00a0constructive\u00a0\u00bb\u00a0: <strong>il donne une recette pour fabriquer plus ou moins explicitement un \u00e9nonc\u00e9 arithm\u00e9tique ind\u00e9cidable, et ce quel que soit le syst\u00e8me d&rsquo;axiomes<\/strong> de d\u00e9part. Pour se faire une id\u00e9e de ce dont il s&rsquo;agit, G\u00f6del mime en quelque sorte le paradoxe du menteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous connaissez certainement ce paradoxe, c&rsquo;est celui d&rsquo;un Cr\u00e9tois qui affirme <em>\u00ab\u00a0Tous les Cr\u00e9tois sont des menteurs\u00a0\u00bb<\/em>. Mais alors, lui-m\u00eame dit-il la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 ce moment pr\u00e9cis ? Une variante encore plus compacte de ce paradoxe, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 <em>\u00ab\u00a0Cette phrase est fausse\u00a0\u00bb<\/em>. Alors, est-elle fausse&#8230;ou vraie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le principe de la d\u00e9monstration de G\u00f6del, c&rsquo;est de construire un \u00e9nonc\u00e9 qui dit <em>\u00ab\u00a0Je ne suis pas d\u00e9montrable\u00a0\u00bb<\/em>. Vous voyez que si cet \u00e9nonc\u00e9 est vrai, alors&#8230;il n&rsquo;est pas d\u00e9montrable. Il est donc bien \u00ab\u00a0ind\u00e9cidable\u00a0\u00bb et le syst\u00e8me d&rsquo;axiomes est bien \u00ab\u00a0incomplet\u00a0\u00bb. En revanche si cet \u00e9nonc\u00e9 est faux, alors il est d\u00e9montrable, et l\u00e0 c&rsquo;est la catastrophe\u00a0: on a un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes qui d\u00e9montre des choses fausses\u00a0! On dit que le syst\u00e8me est inconsistant. D&rsquo;ailleurs pour \u00eatre pr\u00e9cis, ce qu&rsquo;a d\u00e9montr\u00e9 G\u00f6del, c&rsquo;est qu&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes (contenant au moins l&rsquo;arithm\u00e9tique) est soit incomplet, soit inconsistant. Pas d&rsquo;autre alternative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le d\u00e9tail, la d\u00e9mo repose sur une id\u00e9e conceptuelle g\u00e9niale, et sur une astuce diabolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e conceptuelle g\u00e9niale, c&rsquo;est celle de <strong>la r\u00e9flexion arithm\u00e9tique des propositions m\u00e9ta-arithm\u00e9tiques<\/strong>. Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a veut dire\u00a0? Si je dit <em>\u00ab\u00a02 + 2 = 4\u00a0\u00bb<\/em>, je fait un \u00e9nonc\u00e9 arithm\u00e9tique. Si je dis <em>\u00ab 2 + 2 = 4 est d\u00e9montrable \u00e0 partir des axiomes de Peano\u00a0\u00bb<\/em>, je fais un \u00e9nonc\u00e9 <em>\u00ab\u00a0m\u00e9ta-arithm\u00e9tique\u00a0\u00bb<\/em>. L&rsquo;id\u00e9e g\u00e9niale de G\u00f6del, c&rsquo;est d&rsquo;arriver \u00e0 lier les deux. En gros il a montr\u00e9 que :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #666699;\"><em>Pour tout \u00e9nonc\u00e9 E, il existe un autre \u00e9nonc\u00e9 S(E) tel que : E est d\u00e9montrable si et seulement si S(E) est vrai.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce travail se fait au moyen d&rsquo;une m\u00e9thode de codage qui permet de transformer tout \u00e9nonc\u00e9 en un nombre entier et toute d\u00e9monstration en une suite de nombres entiers. La d\u00e9montrabilit\u00e9 de E se traduit donc comme une propri\u00e9t\u00e9 arithm\u00e9tique sur des suites de nombres, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 S(E). Ensuite l&rsquo;astuce diabolique, c&rsquo;est ensuite de trouver <strong>UN \u00e9nonc\u00e9 particulier, not\u00e9 G, tel que \u00ab\u00a0S(G) = non-G\u00a0\u00bb<\/strong>. En appliquant le r\u00e9sultat pr\u00e9c\u00e9dent pour cet \u00e9nonc\u00e9 particulier G, on obtient alors l&rsquo;affirmation<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><span style=\"color: #666699;\">G est d\u00e9montrable si et seulement si G est faux.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc soit G est vrai et il est donc ind\u00e9montrable (et on a l&rsquo;incompl\u00e9tude), soit il est faux et d\u00e9montrable (et on a l&rsquo;inconsistance). Une fois de plus, si vous vous int\u00e9ressez aux d\u00e9tails de cette d\u00e9monstration, il faut creuser un peu plus et il y a plusieurs endroits o\u00f9 c&rsquo;est d\u00e9crit (par exemple <a href=\"http:\/\/www4.ncsu.edu\/unity\/lockers\/users\/f\/felder\/public\/kenny\/papers\/godel.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a>).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><em>Pour aller (vraiment) plus loin&#8230;<\/em><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour ceux qui ont tenu jusque l\u00e0 et qui se posent quelques questions m\u00e9taphysiques, voici quelques pistes de r\u00e9flexion, sur des choses au sujet desquelles je ne suis moi m\u00eame pas tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise. Commentaires les bienvenus !<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour commencer, il existe quand m\u00eame quelques exemples de propositions ind\u00e9cidables et \u00e0 peu pr\u00e8s compr\u00e9hensibles. Par exemple le <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Goodstein\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">th\u00e9or\u00e8me de Goodstein<\/a>, qui concerne des simples suites de nombres (un peu comme <a title=\"La conjecture de\u00a0Syracuse\" href=\"https:\/\/scienceetonnante.com\/blog\/2011\/06\/27\/la-conjecture-de-syracuse\/\">la conjecture de Syracuse<\/a>) : il est ind\u00e9cidable dans l&rsquo;arithm\u00e9tique de Peano, mais heureusement d\u00e9montrable dans la th\u00e9orie ZFC. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un exemple plus sophistiqu\u00e9, c&rsquo;est <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Whitehead_problem\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le probl\u00e8me de Whitehead<\/a>\u00a0: c&rsquo;est un \u00e9nonc\u00e9 de th\u00e9orie des groupes pas trop difficile \u00e0 comprendre (apr\u00e8s le bac quand m\u00eame), et pourtant ind\u00e9cidable m\u00eame dans ZFC\u00a0! De m\u00eame, un des exemples les plus connus est l&rsquo;hypoth\u00e8se du continu\u00a0: existe-t-il un ensemble de nombres qui soit \u00ab\u00a0plus grand\u00a0\u00bb que N mais \u00ab\u00a0plus petit\u00a0\u00bb que R ? C&rsquo;est ind\u00e9cidable ! <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Enfin, si on utilise la th\u00e9orie des ensembles de Zermelo-Frenkel au sens strict (not\u00e9e ZF), alors il existe un \u00e9nonc\u00e9 ind\u00e9cidable qu&rsquo;on appelle l&rsquo;axiome du choix. On choisit en g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ajouter \u00e0 la liste des axiomes de ZF, pour obtenir la th\u00e9orie ZFC. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Autre point pour ceux qui veulent creuser : G\u00f6del a d\u00e9montr\u00e9 un deuxi\u00e8me th\u00e9or\u00e8me d&rsquo;incompl\u00e9tude ! Le premier th\u00e9or\u00e8me dit que tout syst\u00e8me est soit incomplet, soit inconsistant. L&rsquo;incompl\u00e9tude est un probl\u00e8me, mais l&rsquo;inconsistance est une catastrophe ! On aimerait donc pouvoir s&rsquo;assurer qu&rsquo;un syst\u00e8me donn\u00e9 est incomplet plut\u00f4t qu&rsquo;inconsistant. Ce que dit le deuxi\u00e8me th\u00e9or\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;on ne peut pas d\u00e9montrer la consistance d&rsquo;un syst\u00e8me formel en restant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de celui-ci.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em style=\"text-align: justify;\">Il y a quelque chose qui m&rsquo;a longtemps troubl\u00e9 avec cette id\u00e9e de propositions ind\u00e9cidables. Si on obtient une proposition vraie mais ind\u00e9cidable, alors on peut d\u00e9cider de l&rsquo;ajouter comme axiome. Rien de bien troublant. Mais on peut aussi tr\u00e8s bien d\u00e9cider d&rsquo;ajouter son contraire \u00e0 notre liste d&rsquo;axiomes. Puisque la proposition est ind\u00e9cidable, on ne cr\u00e9e pas d&rsquo;inconsistance. Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on obtient si on fait \u00e7a ? Un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes dont un axiome est une proposition \u00ab\u00a0fausse\u00a0\u00bb. N&rsquo;est-ce pas paradoxal ?<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour r\u00e9soudre la difficult\u00e9, il faut creuser la notion de \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai insist\u00e9 sur le fait que la notion de \u00ab\u00a0d\u00e9montrable\u00a0\u00bb \u00e9tait relative \u00e0 un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes. Par contre je suis pass\u00e9 vite sur la notion de \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb, comme si elle \u00e9tait universelle et intrins\u00e8que. En fait elle ne l&rsquo;est pas, elle est relative \u00e0 ce qu&rsquo;on appelle un \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb. Pour l&rsquo;arithm\u00e9tique, il n&rsquo;y a pas trop de d\u00e9bat sur quel est le mod\u00e8le. Mais par exemple pour la g\u00e9om\u00e9trie, il y a plusieurs choix\u00a0! Le mod\u00e8le classique est celui de la g\u00e9om\u00e9trie euclidienne. Pour trouver un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes qui colle avec ce mod\u00e8le, il faut prendre le 5\u00e8me axiome d&rsquo;Euclide dans sa forme famili\u00e8re (une seule parall\u00e8le \u00e0 une droite passe par un point donn\u00e9). Mais si vous changez de mod\u00e8le, par exemple la g\u00e9om\u00e9trie riemannienne, il vous faut un autre syst\u00e8me d&rsquo;axiomes qui va bien, et que l&rsquo;on peut obtenir en modifiant le 5\u00e8me axiome (aucune parall\u00e8le ne passe par un point donn\u00e9). <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Donc si on choisit d&rsquo;ajouter aux axiomes de Peano une proposition ind\u00e9cidable fausse, on obtient un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes qui ne repr\u00e9sente plus correctement l&rsquo;arithm\u00e9tique. Si j&rsquo;ai bien compris, on peut consid\u00e9rer \u00e0 la place des mod\u00e8les d&rsquo;arithm\u00e9tique \u00ab\u00a0non-standard\u00a0\u00bb, mais dont j&rsquo;imagine que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat est limit\u00e9 (contrairement \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie, o\u00f9 les mod\u00e8les non-euclidiens ont un int\u00e9r\u00eat physique).<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mais pour les math\u00e9matiques de la th\u00e9orie des ensemble, quel est le mod\u00e8le raisonnable qui nous dit ce qui est vrai et ce qui est faux ? Une solution serait le mod\u00e8le de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Constructible_universe\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Univers Constructible<\/a> de G\u00f6del, dans lequel l&rsquo;axiome du choix (comme l&rsquo;hypoth\u00e8se du continu) sont \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb &#8230; mais je ne suis pas s\u00fbr de comprendre pourquoi !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si vous \u00eates tr\u00e8s malin, vous avez peut \u00eatre eu l&rsquo;id\u00e9e de trouver un contre-exemple au th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del et de construire un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes parfait de la mani\u00e8re suivante\u00a0: prendre toutes les propositions vraies, et les d\u00e9clarer toutes \u00ab\u00a0axiomes\u00a0\u00bb. M\u00eame si \u00e7a n&rsquo;est pas tr\u00e8s int\u00e9ressant en pratique, \u00e7a semble \u00e9chapper \u00e0 G\u00f6del. La raison en est que G\u00f6del suppose un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes <del>\u00ab\u00a0r\u00e9cursivement \u00e9num\u00e9rable\u00a0\u00bb<\/del>\u00a0 r\u00e9cursif<\/em><em>. Cela signifie que les axiomes ont le droit d&rsquo;\u00eatre en nombre infini, mais il doit exister une proc\u00e9dure \u00ab\u00a0finie\u00a0\u00bb pour d\u00e9cider si une proposition donn\u00e9e fait partie des axiomes ou non. Un syst\u00e8me d&rsquo;axiomes qui ne soit pas r\u00e9cursif n&rsquo;a aucun int\u00e9r\u00eat pratique, puisqu&rsquo;on ne peut jamais v\u00e9rifier en temps fini si quelque chose est un axiome !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Enfin dernier point, les cons\u00e9quences informatiques du th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del sont souvent discut\u00e9es (voire on trouve parfois le th\u00e9or\u00e8me \u00e9nonc\u00e9 sous cette forme) : la premi\u00e8re cons\u00e9quence, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de programme qui puisse dire si une proposition donn\u00e9e est un th\u00e9or\u00e8me ou non. Une autre cons\u00e9quence reli\u00e9e, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de programme qui puisse dire avec certitude si un autre programme va terminer en temps fini, ou non (voir <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Halting_problem\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a>).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bon j&rsquo;ai largement d\u00e9pass\u00e9 2000 mots, j&rsquo;arr\u00eate. Vous pouvez reprendre vos activit\u00e9s normales !<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est en cours de philo que j&rsquo;en ai entendu parler pour la premi\u00e8re fois ! Notre prof nous faisait un cours sur la logique et ses fondements, et c&rsquo;est alors qu&rsquo;elle le mentionna : le fameux th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del, celui qui prouve que quoi qu&rsquo;on fasse, il existe des \u00e9nonc\u00e9s math\u00e9matiques vrais, mais ind\u00e9montrables. 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